|
Fred Alpi " La liberté, ça
inquiète "
La musique, plus elle voyage, mieux c’est pour tout le monde
! Démonstration de cet axiome à tous les niveaux avec
Fred Alpi, chanteur international multi-genres qui distribue sa musique
sur le net.
Né près de Stockholm, Fred Alpi passe son enfance et
adolescence à Amiens où il fait du punk. Il profite de
la proximité de la Belgique pour aller y voir des concerts et
part bientôt s’installer à Bruxelles où il
joue de la musique expérimentale. Il y rencontre des Berlinois
qu’il rejoint pour quelques années au sein de la scène
industrielle de l’époque. Il joue alors dans un groupe,
Sprung aus den wolken, avec Kiddy Citny et Alexander Hacke et raconte
: “ Kiddy, le chanteur, est peintre ; il est devenu très
connu après la chute du mur de Berlin parce que c’était
ses peintures qu’on y avait retrouvées et qui se vendaient à droite à gauche,
il avait donc un peu décroché de la musique. De son côté,
Alex a tellement été occupé avec Einsturzende
neubauten qu’il n’avait plus le temps de travailler avec
nous. ”
Qu’à cela ne tienne, Fred vient à Paris
et y chante de la chanson française classique dans le métro
pendant quatre ans. “ Ce qui m’a donné envie d’écrire
des textes qui tiennent la route, mais avec toutes mes influences musicales
punk, industrielles et rock ”.
Et avec tous ses amis, toutes époques
confondues ! Kiddy s’est chargé de la conception graphique
des deux albums de Fred, lesquels sont réalisés par Alexander
Hacke. (“Comme je me sens toujours très proche de la scène
berlinoise, j’avais envie qu’un peu de vent berlinois souffle
sur mes albums ”, précise Fred). Quant à l’édition
limitée du deuxième disque, Les chiens mangent les chiens,
ce sont deux vieux amis de Lille et Amiens qui y travaillent.
Editions limitées, très beaux CD en digipacks, “ tant
qu’à faire un disque, autant qu’il soit joli à regarder ”,
tout cela sort sur le propre label de Fred, Nidstång. Car même
s’il reconnaît que “c’est lourd de s’occuper
soi-même de toute la partie administrative d’un label,
toute la promo , organiser les concerts”, il n’est évidemment
pas prêt à aliéner sa liberté : “ce
n’est pas une mince affaire, mais la liberté a ce prix
là ; je fais ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux,
comme je veux ! ”.
Et comme le précédent, tout
le nouvel album est en téléchargement gratuit sur internet,
en MP3 et real audio. “ C’est bien que les gens puissent
découvrir ; je ne suis pas quelqu’un de très connu,
donc je comprends que les gens n’aillent pas acheter un disque
juste pour essayer, ça reste cher un CD. Là, ils peuvent écouter
et, s’ils aiment, ils achèteront l’album ou viendront
voir un concert. Pour moi, internet fonctionne comme une radio : quand
on écoute un titre à la radio on peut aussi l’enregistrer
sur son mini disc et ça n’empêche pas d’acheter éventuellement
le disque. C’est complètement ridicule, ces histoires
de piratages. Les majors veulent absolument tout contrôler et
sont un peu dépassés par les événements.
La liberté, ça inquiète ! ”
Une notion à laquelle notre ami s’est habitué,
lui qui se définit chanteur libertaire : “ Ma mère était
aide soignante et mon père employé, j’ai grandi
dans les quartiers ouvriers d’Amiens. C’est la fréquentation
de ce milieu qui m’a donné des idées libertaires,
avec des amis qui m’ont fait prendre conscience d’une certaine
réalité. Même si chez moi on avait à manger
tous les jours et qu’on a pu faire des études, mes frères,
ma sœur et moi, si ce n’est pas pour tout le monde pareil,
on ne peut pas s’en satisfaire. Je ne suis pas seul au monde
! Par exemple, quelque chose de très important pour moi c’est
la position des femmes dans la société. En ce moment
il y a une initiative intéressante, c’est la marche des
femmes dans les quartiers, “ Ni putes, ni soumises ! ” ;
moi j’adhère complètement à ça. L’état
d’une société se juge par rapport à la place
qui est faite aux femmes. Si j’ai une copine, il faut qu’elle
soit libre. Si je ne la sens pas bien, je ne peux pas être bien
non plus ”.
|