Chroniques Radios lettre d'actualité
Chroniques - Radios - La lettre d'actualité



FRED ALPI
Les chiens mangent les chiens
(Nidstång – Fairplay/SED – 2003)
Durée 53'11 - 13 Titres )

1) Comment définirais-tu ton univers ?

Mon univers musical est une des expressions de mon univers personnel, fait d'amour et de sexe avec la femme que j'aime, de Kung Fu que je pratique depuis vingt-cinq ans et que j'enseigne désormais aussi, de rock qui me procure un plaisir incomparable, mais aussi de philosophie et de politique, parce que j'ai plaisir à réfléchir, à lire et à écrire sur le sens de la vie, que ce soit la mienne ou celle de mes contemporain( e )s, dont le sort me concerne. Pour résumer, mes textes et ma musique expriment mes diverses façons de penser ma vie et de vivre ma pensée, tant dans mon corps que dans mon esprit.

2) Chanteur libertaire, qu'est-ce que cela signifie pour toi ?

C'est à mon sens exprimer par des chansons des questions, des colères et des espoirs suscités par une démarche philosophique et politique ayant pour objectif immédiat la liberté, l'égalité et la solidarité entre toutes et tous, et rejetant de ce fait la soumission à un dieu ou à un maître, la domination d'autrui, et l'accumulation matérialiste comme moteurs de l'existence.

3) T'inscris-tu dans une certaine tradition anarchiste ou alternative ?

Oui bien sûr. C'est d'abord par l'action concrète que j'ai découvert la pensée anarchiste, grâce à mon parcours dans la scène alternative punk et industrielle, que ce soit en France, en Belgique ou en Allemagne. Le fonctionnement de ces milieux est animé par les idéaux, les valeurs et les méthodes anarchistes, faits de solidarité, d'indépendance, et de recherche du plaisir d'exister plutôt que de posséder. Et tout cela ici et maintenant, avec et grâce aux autres, et non pas dans un hypothétique paradis céleste ou après un Grand Soir messianique. J'ai petit à petit réfléchi sur les systèmes de pensée qui permettent d'élaborer cette vision du monde, et j'ai reconnu en moi cette volonté de construire avec d'autres un monde où la collectivité est au service de l'individu et non l'inverse, comme dans les théocraties, les systèmes capitalistes ou marxistes. Ma démarche de chanteur est de ce fait aussi une démarche de militant, plus particulièrement proche de la CNT.

4) Tu dis souvent que tu n'aimes pas dire les choses à moitié, tes textes sont corrosifs, la chanson doit-elle être, pour toi, le canal de la révolte ?

La chanson ne doit rien, si ce n'est rester libre. Elle peut parfois être le canal de la révolte, c'est à mon avis une façon agréable de penser et de s'exprimer. Mais il n'y a rien de plus chiant que d'écouter des chansons qui prétendent être du prêt-à-penser, comme dans un bréviaire. On peut dire les choses intensément, en exprimant donc plutôt des questions que des réponses selon moi, sans oublier qu'une chanson doit émouvoir, et pas faire la morale même si elle fait réfléchir. C'est celui ou celle qui écoute qui doit trouver sa propre réponse.

5) Où puises-tu les thèmes de tes textes ?

Je les puise dans l'observation de mon quotidien et de mon environnement, de celui de celles ou de ceux qui m'entourent, de mes lectures et de mes rencontres. Mais mes textes ne parlent que rarement d'un événement précis dans le temps. Ils décrivent plutôt une situation qui pourrait se produire n'importe où et n'importe quand sur la planète. Je suis citoyen du monde, et j'aime les thèmes intemporels et universels, même s'ils prennent pour prétexte une situation précise.

6) Te sens-tu héritier du mouvement punk ?

C'est grâce au punk que j'ai ouvert les yeux et les oreilles sur la musique et sur la politique, quand j'avais 15 ans. J'en ai 25 de plus maintenant mais je ressens toujours les mêmes jubilations et les mêmes colères qu'à l'époque. J'ai bien sûr enrichi ma sensibilité grâce à tout ce que j'ai pu vivre depuis, mais je sais que c'est là que se trouvent aussi mes racines musicales et intellectuelles.

7) Quel est ton regard sur la chanson actuelle ?

Si tu veux parler de la "nouvelle" scène française, tellement à la mode chez les bobos lecteurs des Inrocks ou de Télérama, et donc de ces chanteurs niaiseux qui minaudent en n'ayant rien d'autre à raconter que l'insondable ennui de leur existence égoïste de petits-bourgeois, tu imagines sans peine ma réponse. C'est pour cela que, malgré des textes dont la teneur littéraire et poétique n'est pas la qualité première, je me sens beaucoup plus touché par les chanteuses et chanteurs de la scène alternative, parce qu'avec elles et eux au moins je ressens l'expression d'une sincérité, d'une profondeur, et finalement d'une puissance émotionnelle et d'une sensibilité artistique. Et c'est à mon sens le plus important pour une chanson.

 
Florence MAREK   Novembre 2003
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