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1) Comment définirais-tu ton univers
?
Mon univers musical est une des expressions
de mon univers personnel, fait d'amour et de sexe avec la femme
que j'aime, de Kung Fu que je pratique depuis vingt-cinq ans et
que j'enseigne désormais aussi, de rock qui me procure
un plaisir incomparable, mais aussi de philosophie et de politique,
parce que j'ai plaisir à réfléchir, à
lire et à écrire sur le sens de la vie, que ce soit
la mienne ou celle de mes contemporain( e )s, dont le sort me
concerne. Pour résumer, mes textes et ma musique expriment
mes diverses façons de penser ma vie et de vivre ma pensée,
tant dans mon corps que dans mon esprit.
2) Chanteur libertaire, qu'est-ce que
cela signifie pour toi ?
C'est à mon sens exprimer par
des chansons des questions, des colères et des espoirs
suscités par une démarche philosophique et politique
ayant pour objectif immédiat la liberté, l'égalité
et la solidarité entre toutes et tous, et rejetant de ce
fait la soumission à un dieu ou à un maître,
la domination d'autrui, et l'accumulation matérialiste
comme moteurs de l'existence.
3) T'inscris-tu dans une certaine tradition
anarchiste ou alternative ?
Oui bien sûr. C'est d'abord par
l'action concrète que j'ai découvert la pensée
anarchiste, grâce à mon parcours dans la scène
alternative punk et industrielle, que ce soit en France, en Belgique
ou en Allemagne. Le fonctionnement de ces milieux est animé
par les idéaux, les valeurs et les méthodes anarchistes,
faits de solidarité, d'indépendance, et de recherche
du plaisir d'exister plutôt que de posséder. Et tout
cela ici et maintenant, avec et grâce aux autres, et non
pas dans un hypothétique paradis céleste ou après
un Grand Soir messianique. J'ai petit à petit réfléchi
sur les systèmes de pensée qui permettent d'élaborer
cette vision du monde, et j'ai reconnu en moi cette volonté
de construire avec d'autres un monde où la collectivité
est au service de l'individu et non l'inverse, comme dans les
théocraties, les systèmes capitalistes ou marxistes.
Ma démarche de chanteur est de ce fait aussi une démarche
de militant, plus particulièrement proche de la CNT.
4) Tu dis souvent que tu n'aimes pas dire
les choses à moitié, tes textes sont corrosifs,
la chanson doit-elle être, pour toi, le canal de la révolte
?
La chanson ne doit rien, si ce n'est
rester libre. Elle peut parfois être le canal de la révolte,
c'est à mon avis une façon agréable de penser
et de s'exprimer. Mais il n'y a rien de plus chiant que d'écouter
des chansons qui prétendent être du prêt-à-penser,
comme dans un bréviaire. On peut dire les choses intensément,
en exprimant donc plutôt des questions que des réponses
selon moi, sans oublier qu'une chanson doit émouvoir, et
pas faire la morale même si elle fait réfléchir.
C'est celui ou celle qui écoute qui doit trouver sa propre
réponse.
5) Où puises-tu les thèmes
de tes textes ?
Je les puise dans l'observation de mon
quotidien et de mon environnement, de celui de celles ou de ceux
qui m'entourent, de mes lectures et de mes rencontres. Mais mes
textes ne parlent que rarement d'un événement précis
dans le temps. Ils décrivent plutôt une situation
qui pourrait se produire n'importe où et n'importe quand
sur la planète. Je suis citoyen du monde, et j'aime les
thèmes intemporels et universels, même s'ils prennent
pour prétexte une situation précise.
6) Te sens-tu héritier du mouvement
punk ?
C'est grâce au punk que j'ai ouvert
les yeux et les oreilles sur la musique et sur la politique, quand
j'avais 15 ans. J'en ai 25 de plus maintenant mais je ressens
toujours les mêmes jubilations et les mêmes colères
qu'à l'époque. J'ai bien sûr enrichi ma sensibilité
grâce à tout ce que j'ai pu vivre depuis, mais je
sais que c'est là que se trouvent aussi mes racines musicales
et intellectuelles.
7) Quel est ton regard sur la chanson
actuelle ?
Si tu veux parler de la "nouvelle"
scène française, tellement à la mode chez
les bobos lecteurs des Inrocks ou de Télérama, et
donc de ces chanteurs niaiseux qui minaudent en n'ayant rien d'autre
à raconter que l'insondable ennui de leur existence égoïste
de petits-bourgeois, tu imagines sans peine ma réponse.
C'est pour cela que, malgré des textes dont la teneur littéraire
et poétique n'est pas la qualité première,
je me sens beaucoup plus touché par les chanteuses et chanteurs
de la scène alternative, parce qu'avec elles et eux au
moins je ressens l'expression d'une sincérité, d'une
profondeur, et finalement d'une puissance émotionnelle
et d'une sensibilité artistique. Et c'est à mon
sens le plus important pour une chanson.
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