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Musique francophone
Interview : Fred Alpi
Comment avez-vous décidé
de devenir musicien?
En écoutant de la musique, et
en imaginant que ça devait être très amusant
d'en faire soi-même. J'avais surtout (et déjà)
envie de faire des concerts, et de changer le monde grâce
à des chansons.
Quels musiciens ou artistes
vous ont influencé?
Ma première influence réelle,
à 12 ans, fut Georges Brassens, puis à partir de
13 ans le rock (Roxy Music, the Who) et le Hard Rock (Led Zeppelin,
Deep Purple). Mais le grand choc fut en 1977 (j'avais 15 ans),
l'explosion Punk avec the Clash, the Damned, the Stranglers et
les Sex Pistols. C'est ensuite
la musique expérimentale bruitiste qui m'a ouvert les oreilles
dans les années 80, d'où mon départ à
Berlin pour rejoindre la scène industrielle de l'époque
(Einstürzende Neubauten, Mekanik Destruktiv Kommando, Malaria)
où j'ai joué dans le groupe Sprung aus den Wolken.
Et c'est pour cela que je reste très attaché à
mes amis Berlinois, avec qui je continue à travailler.
J'ai relativement tard écouté Jacques Brel, Boris
Vian et Leo Ferré, que j'ai chantés dans le métro
et dans les rues de Paris, ce qui m'a donné le goût
des beaux textes en français. Mais d'autres artistes m'ont
influencé intellectuellement, je pense notamment à
Friedrich Nietzsche, Henry Miller et Albert Camus.
Quels sont les principaux
avantages et inconvénients quand on est musicien en France?
Je ne sais pas s'il y a des avantages
à être musicien en France, car tous les styles musicaux
y sont très cloisonnés par les musiciens eux-mêmes,
ce qui mène à un autisme musical et une nostalgie
étouffante - que je qualifie de "nationale-accordéoniste"
- très importants. Contrairement à des villes comme
Bruxelles ou Berlin par exemple, où les mélanges
des genres permettent l'émergence de nouvelles musiques,
grâce à la curiosité et à l'échange.
Mais comme j'ai choisi de chanter en français (c'est la
langue que je maîtrise le mieux), j'habite Paris. La situation
de la musique y est comme partout sous domination des grandes
sociétés, toutes les petites structures disparaissent
peu à peu et il devient de plus en plus difficile de se
faire entendre comme indépendant. Le public français
est pourtant beaucoup plus curieux et ouvert qu'on ne le croit,
mais les blocages viennent de la part de l'industrie et de sa
vision exclusivement financière de la musique d'une part,
et de la volonté d'utilisation de la culture comme media
de publicité par les dirigeants politiques d'autre part.
Quelles images avez-vous
de la Finlande, des Finlandais?
Alors que je connais bien la Suède,
pourtant voisine, je ne suis hélas encore jamais allé
en Finlande Je vois la Finlande et les Finlandais comme un mélange
de scandinaves et de slaves, j'imagine que cette ouverture sur
ces deux cultures leur confère une personnalité
très forte. Les Finlandais que j'ai rencontrés jusqu'alors
m'ont toujours semblé avoir beaucoup de distance par rapport
aux évènements, cela vient peut-être des deux
réalités qui cohabitent dans le pays et obligent
à prendre le temps de trouver une troisième réponse
qui fasse la synthèse des deux autres.
Connaissez-vous la musique
finlandaise / des artistes finlandais?
A part Sibelius et les Leningrad Cowboys,
je dois avouer mon ignorance.
Comment pourriez-vous définir
votre style musical?
C'est du rock libertaire, c'est à
dire du rock avec des textes ayant un contenu philosophique et
politique inspiré par ma démarche de militant anarchiste.
Avez-vous le sentiment
que votre style musical a beaucoup changé au cours des
années?
Il y a sans doute eu des évolutions
dans la forme depuis vingt cinq ans que je joue de la musique,
mais j'y retrouve toujours cette énergie du punk rock,
mélange de colère et de jubilation, tant musicale
que spirituelle.
Comment percevez-vous ces changements
et comment les expliquez-vous?
Avec les années, je laisse de
plus en plus de place aux mots, ce qui fait que la musique n'est
pas aussi extrémiste et bruyante qu'elle pourrait l'être
si je plaçais la voix au second plan. Mais j'espère
pouvoir dans les années à venir pouvoir développer
à la fois mon jeu de guitare et mon écriture pour
trouver des formes plus originales que mon style actuel, "punk-rock
à textes", agréable à jouer pourtant.
Quel est, dans votre répertoire,
le morceau / titre que vous préférez?
Question difficile, il y a à
mon sens dans chaque chanson quelque chose d'unique qui fait que
je ne peux la comparer à aucune autre. Et j'ai le même
plaisir à les chanter toutes, pour des raisons différentes,
certaines parce qu'elles sont violentes et d'autres parce qu'elles
sont plus douces, que ce soit dans le texte ou dans la musique.
Faites-vous régulièrement
des concerts?
Oui, je fais des concerts le plus souvent
possible, en France, en Allemagne, en Suisse ou au Québec.
Préférez-vous la scène
ou le studio? Pour quelles raisons?
Je préfère sans aucun
doute la scène, où le plaisir est immédiat,
intense et partagé, tant physiquement qu'intellectuellement.
J'ai toutefois de très bons souvenir des enregistrements
des album en studio avec Jap (basse) Julien (batterie) et Alex
(réalisateur), qui est l'occasion d'une recherche sur soi-même
et d'une découverte des autres grâce à ce
travail de création
commune.
Pendant la préparation d'un
titre ou d'un album, quel moment ou quelle étape préférez-vous?
J'aime beaucoup la phase de l'écriture
des textes, qui m'oblige à être curieux et à
découvrir des idées ou des images que je n'aurais
jamais eues l'occasion de connaître autrement. Je lis, je
me documente, je me laisse entraîner par les idées
sans vraiment savoir jusqu'où ça peut me mener,
c'est vraiment comme explorer un territoire inconnu, sans carte
ni boussole.
Redoutez-vous toujours
la réaction du public à la sortie d'un titre ou
d'un album?
Je ne la redoute pas, parce que je fais
avant tout de la musique pour créer quelque chose qui me
soit propre, me fasse plaisir et me fasse progresser dans ma recherche.
Mais je suis très attentif aux réactions du public,
parce que j'ai envie de partager ce que je ressens. Je suis donc
content quand je me sens écouté, voire entendu ou
même compris.
Quels artistes écoutez-vous
en ce moment?
J'écoute surtout les radios et
les webradios en fait, je n'achète jamais de CD. Ça
peut aller de la musique expérimentale au rockabilly, ou
au vieux blues. Et j'ai réécouté avec grand
plaisir il y a quelques jours les premiers albums d'AC/DC, et
ceux de Can également.
Une question stupide... quelle est,
parmi toutes les chansons que vous avez entendues, celle que vous
préférez?
Je n'ai pas de chanson préférée,
là encore, il y en a beaucoup, chacune rattachée
à des souvenirs forts... Je suis un affectif ;-)
Que pensez-vous d'Internet en tant
que musicien?
Internet m'aide beaucoup à faire
connaître ma musique, à l'heure où il faut
payer pour passer dans pratiquement n'importe quel media, radio
nationale ou télé. C'est parce que je considère
internet comme une grande radio que j'ai mis gratuitement et en
intégralité mes deux albums en téléchargement,
mp3 et realaudio ( www.fredalpi.com ).
Pensez-vous qu'Internet représente
une réelle menace pour les artistes (au sujet des droits
d'auteurs)?
Les artistes ne touchant que des miettes
sur les ventes de disques, ce n'est pas eux qui ont à craindre
internet, mais plutôt les maisons de disques. Encore que
ce soit discutable, car on sait bien que plus un artiste est écouté,
plus il vend d'albums. Les CD sont trop chers, c'est un fait,
et ce n'est pas de la faute des artistes. Le véritable
danger pour les artistes, c'est le formatage imposé par
les multinationales du disque, et le silence imposé sur
tout ce qui n'est pas un produit de grande consommation. En France,
en cinq ans, il y a moitié moins d'artistes et de titres
diffusés sur les radios (source SACEM), ce qui signifie
que les mêmes artistes (produits marketing plutôt
!) et les mêmes titres sont matraqués à longueur
de journée.
Quels sont vos projets pour les mois
/ années à venir?
Je commence lentement à préparer
le troisième album, et j'attends avec impatience les prochains
concerts.
Seriez-vous prêt à venir
dans le "Grand Nord" pour faire quelques concerts?
C'est un de mes rêves les plus
chers, car bien que chantant en français, je souhaite faire
des concerts dans tous les pays (je suis citoyen du monde), et
plus particulièrement dans les pays du nord de l'Europe,
auxquels je suis un peu plus attachés que les autres du
fait de ma double culture française et suédoise.
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