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"Y'en a pas un sur cent, et pourtant
ils existent" : Léo Ferré, dans "Les anarchistes",
aurait pu écrire cette phrase en pensant à Fred Alpi.
Alpi ne le cache pas : ses amitiés sont libertaires.
A peine
le temps de glisser le disque dans le lecteur, et on se retrouve dans
la rue, au milieu d'une insurrection, Alpi montrant le chemin debout
sur les barricades.
L'expression "chanteur engagé" prend
ici tout son sens. Engagement physique d'abord : c'est une musique
de combat, un rock de durs, de tatoués, chauffé à blanc
dans le brasier de la révolte (sa "lumière dans
la nuit"). Engagement politique ensuite : on croirait entendre
la mise en musique des idées forces du mouvement ("Les
chiens mangent les chiens").
Mais on n'écoute pas du rock
pour se faire encarter, serait-ce dans les brigades rouges... Alpi
fait feu sur toutes les institutions oppressives qui empêchent
l'épanouissement de l'individu : l'Eglise, l'Etat, les partis
et la " démocratie ", les médias. Marqué par
une critique marxiste de la société, il fustige la servitude
volontaire et le cannibalisme de classe. Les seules droite et gauche
qu'il respecte sont ses poings. "Je ne serai vraiment libre que
lorsque tu le seras aussi" - Bakounine n'aurait pas mieux dit
s'il avait joué dans un groupe de rock.
Le message passe mieux
quand il est porté par une énergie punk salvatrice ("Un
philosophe sans pensée", "Jean-François B,
social-démocrate"), coktails molotov lancés dans
la vitrine du politiquement correct. Là où Fred Alpi
se démarque des groupes lambda démago, antifascistes
ou engagés, c'est d'abord par le son, d'un noir charbonneux
pour les guitares, lourd et puissant - Alexander Hacke d'Einstürzende
Neubauten à la production. Et par sa personnalité, qui
affleure de plus en plus une fois l'essentiel de sa bile déversée
sur la première la moitié du disque. Avec "Ton nom
en rouge"(qui rappelle "Le rouge et le noir" de Claude
Nougaro), tentative de poétisation du politique pour irriguer
la vie, enfin les biceps ne sont pas les seuls muscles avec lesquels
Alpi s'exprime : le coeur se fait aussi entendre. Conteur cousin de
Theo Hakola, il consacre deux chansons à des figures tutélaires
: Joe Hill, chansonnier syndicaliste, figure martyre de l'A.I.T. du
début du siècle dernier aux USA. Et John Massis, belge
entré au livre des records en 1992 pour avoir tiré deux
wagons de plusieurs tonnes sur sept mètres. Alpi le décrit
comme une force de la nature, malaxant l'acier entre ses dents, pourtant
brisé par une histoire d'amour. Il semble que l'issue de tels
choix de vie ne puisse être que tragique : abattu pour Hill,
suicide pour Massis. En quête d'unité, Alpi cherche à résoudre
la dualité entre le corps et l'esprit : le corps est au service
de l'affrontement (Alpi enseigne le Kung-Fu), l'esprit cherche à s'élever.
Comme John Massis, Alpi et ses amis "cherchent la force à l'intérieur". "Equinoxe",
dernière plage acoustique, est le repos d'un guerrier pas encore
en paix avec lui-même. Fred Alpi le sait : le chemin vers "la
sagesse, la force, la beauté" est encore long.
NB : tout
est en téléchargement libre sur son site.
Le disque est
un bel objet (pochette et livret signés de l'artiste Kiddy Citny).
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