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Fred Alpi, c'est d'abord une écriture,
des textes, un style. Et ça c'est pas
donné à tout le monde.
Fred Alpi, c'est aussi de la chanson rock avec une atmosphère,
un son. Peut
être trop "sophistiqué" et musical pour
le phaco lambda et son iench. Mais
avec un petit effort, il y viendra l'phaco, parce que la musique
de Fred est
originale et non formatée.
Fred Alpi, c'est surtout un engagement sans faille, de la cohérence
entre
les positions (libertaires évidement) et la pratique (concerts
de soutien,
manifs anti-g8,...)
Fred, peux-tu nous parler de tes
influences musicales?
Mon premier amour musical fut Georges
Brassens, quand j'avais 12 ans. J'ai
ensuite écouté du hard-rock, mais quand j'ai eu
15 ans ans, en 1977, le punk
fut la grande révélation musicale de ma vie. Ce
mélange de rock rapide,
décomplexé techniquement, mais aussi habité
par la révolte dans les textes
et la démarche correspondait tout à fait à
mon état d'esprit. C'est toujours
le cas aujourd'hui. J'ai depuis beaucoup écouté
(et joué) de la musique
expérimentale (rock industriel pendant mes années
à Berlin), ça m'a ouvert
les oreilles et l'esprit, c'est une musique que j'apprécie
particulièrement.
Mais j'aime bien écouter du vieux blues ou du rockabilly.
Tes
textes ne peuvent pas laisser indifférents, ils reflétent
tes
engagements. Quel est ton parcours politique? Qu'est-ce qui t'a
mené à l'anarchisme?
C'est la musique qui m'a amené
à la prise de conscience puis à l'engagement
politique. Toutes les musiques qui m'ont influencé portaient
en elles cette
dimension libertaire, dont je me suis d'abord senti proche spontanément.
Mes
choix de vie, mes amis, mais mes lectures aussi, m'ont peu à
peu amené à
transformer cette conscience en engagement. J'ai longtemps été
anarchiste
individualiste, me contenant de parler de liberté dans
mes textes ou dans ma
musique, j'ai compris avec le temps que ça ne suffisait
pas pour faire
bouger les choses, et que c'est à plusieurs qu'on fait
avancer les choses.
Je trouve
dans tes textes une force, un style inhabituel dans le rock. T'es
tu essayé à l'écriture (autre que musicale)?
J'ai écrit quelques poèmes
et nouvelles, publiés sur mon site d'ailleurs, et
c'est vrai que j'ai en projet d'écrire de nouveau ce genre
de choses, voire
même un roman. Mais comme je consacre beaucoup de temps
à l'écriture des
textes de mes chansons, je reporte ça à plus tard.
Sur
ton site ( www.fredalpi.com ) tu mets en libre téléchargement
l'intégralité de tes 2 albums, plus de inédits?
Cette pratique pourrait
surprendre ceux qui gobent le discours dominant : "l'échange
musical tue la musique". Quel est ton approche?
Ce qui fait vivre la musique, c'est
de voyager le plus possible. La cassette
n'a pas tué le vinyle, bien au contraire, elle a développé
la diffusion de
la musique. L'échange de fichiers nuit sans doute aux intérêts
à court terme
de l'industrie musicale, mais pas aux artistes, qui ont tout intérêt
à ce
que leur musique soit le plus diffusée que possible. C'est
ça qui fait venir
le public aux concerts. Les artistes gagnent très peu sur
la vente d'un CD
(5% du prix de vente en magasin en moyenne), ce ne sont pas eux
qui ont à y
perdre, mais les majors et les distributeurs. Ce qui pénalise
le plus la
musique de nos jours, c'est au contraire le matraquage organisé
par les
majors sur tous les medias. Leur fonctionnement est le même
que celui des
marchands de lessive. Il faut savoir (statistiques SACEM) que
bien qu'il y
ait de plus en plus d'artistes, en 10 ans, il y en a 5 fois moins
qui sont
diffusés sur les radios, mais leurs titres sont matraqués
5 fois plus. Il
faut payer pour être diffusé sur la plupart des radios,
une diffusion est
considérée désormais comme de l'achat d'espace
publicitaire. Et je ne parle
même pas de la télé. Cette politique est bien
entendu relayée par les FNAC
et VIRGIN, qui tout en étouffant tous les disquaires indépendants,
distribue
de moins en moins d'artistes et de labels indépendants,
préférant faire du
volume sur les produits musicaux soutenus par un marketing de
masse.
Pourrais-tu
nous en dire un peu plus sur cette ville qui "a tellement
honte qu'elle vit sous un faux nom"?
Il y a quelques années, je me
baladais en moto dans la région d'Aix en
Provence, montagne ste Victoire, la ste Baume, paysages magnifiques,
et au
hasard de la route, j'arrive à Toulon, à l'époque
dirigée par le Front
National. Je ne l'ai traversée que rapidement, mais le
contraste avec la
région et les autres villes que j'avais visité alentour
était criant. J'y ai
immédiatement senti une atmosphère oppressante,
des attitudes de frustration
de d'agressivité, sur fond de dégueulis bleu-blanc-rouge
à tous les coins de
rue, dont une statue qui semblait littéralement étouffer
sous cette chape de
nationalisme. J'ai appris par la suite que Toulon, qui avait été
condamnée à
être rasée suite à sa trahison, c'est à
dire son ralliement
contre-révolutionnaire et peu glorieux aux Anglais en 1793,
avait pendant un
temps été rebaptisée Port de la Montagne.
J'ai vraiment eu le sentiment que
la ville portait toujours le poids de cette culpabilité.
Ça m'a inspiré la
chanson "La peste (le retour)". Mais je sais qu'il y
a également des gens
formidables à Toulon, dont je sais qu'ils souffrent de
cette situation.
Comme toujours, les habitants paient pour la mégalomanie
des dirigeants au
pouvoir.
J'ai
lu sur la feuille d'info de Crash disques de tu rejoignais la
Brigada Flores Magon. Qu'en est-il? Comment ça va se passer?
Ça se passe très bien,
nous avons donné notre premier concert ensemble la
semaine dernière (7/02/04), et il y en a beaucoup d'autres
à venir. Tout ça
s'est fait très naturellement, on est potes et militants
depuis longtemps
(Julien le batteur de Brigada joue avec moi depuis le début),
on a fait pas
mal de concerts et d'actions ensemble. Le fait que Nico Le Pâtre
(du Rash et
de Barricata) joue désormais également avec moi,
tout ça a rendu évident le
fait qu'on devait rejoindre tous les deux la Brigada, suite au
départ du
guitariste et du bassiste précédents. Ça
me plait de pouvoir me concentrer
sur la guitare, et on s'amuse vraiment bien tous ensemble.
Le mot
de la fin.
On vient de monter un collectif qui
regroupe La Brigada Flores Magon,
Brixton Cats et Fred ALPI, afin de soutenir nos démarches
noires et rouges
de rockers libres, ça s'appelle Rock'n'Riot, et il existe
un site
www.rocknriot.org,
qui présente à la fois les dates de nos concerts
et les
actions politiques dans lesquelles nous sommes impliqués.
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