Chroniques Radios lettre d'actualité
Chroniques - Radios - La lettre d'actualité
Soviet Libre


FRED ALPI
Les chiens mangent les chiens
(Nidstång – Fairplay/SED – 2003)
Durée 53'11 - 13 Titres )

Fred Alpi, c'est d'abord une écriture, des textes, un style. Et ça c'est pas
donné à tout le monde.
Fred Alpi, c'est aussi de la chanson rock avec une atmosphère, un son. Peut
être trop "sophistiqué" et musical pour le phaco lambda et son iench. Mais
avec un petit effort, il y viendra l'phaco, parce que la musique de Fred est
originale et non formatée.
Fred Alpi, c'est surtout un engagement sans faille, de la cohérence entre
les positions (libertaires évidement) et la pratique (concerts de soutien,
manifs anti-g8,...)


Fred, peux-tu nous parler de tes influences musicales?

Mon premier amour musical fut Georges Brassens, quand j'avais 12 ans. J'ai
ensuite écouté du hard-rock, mais quand j'ai eu 15 ans ans, en 1977, le punk
fut la grande révélation musicale de ma vie. Ce mélange de rock rapide,
décomplexé techniquement, mais aussi habité par la révolte dans les textes
et la démarche correspondait tout à fait à mon état d'esprit. C'est toujours
le cas aujourd'hui. J'ai depuis beaucoup écouté (et joué) de la musique
expérimentale (rock industriel pendant mes années à Berlin), ça m'a ouvert
les oreilles et l'esprit, c'est une musique que j'apprécie particulièrement.
Mais j'aime bien écouter du vieux blues ou du rockabilly.

Tes textes ne peuvent pas laisser indifférents, ils reflétent tes
engagements. Quel est ton parcours politique? Qu'est-ce qui t'a mené à l'anarchisme?

C'est la musique qui m'a amené à la prise de conscience puis à l'engagement
politique. Toutes les musiques qui m'ont influencé portaient en elles cette
dimension libertaire, dont je me suis d'abord senti proche spontanément. Mes
choix de vie, mes amis, mais mes lectures aussi, m'ont peu à peu amené à
transformer cette conscience en engagement. J'ai longtemps été anarchiste
individualiste, me contenant de parler de liberté dans mes textes ou dans ma
musique, j'ai compris avec le temps que ça ne suffisait pas pour faire
bouger les choses, et que c'est à plusieurs qu'on fait avancer les choses.

Je trouve dans tes textes une force, un style inhabituel dans le rock. T'es tu essayé à l'écriture (autre que musicale)?

J'ai écrit quelques poèmes et nouvelles, publiés sur mon site d'ailleurs, et
c'est vrai que j'ai en projet d'écrire de nouveau ce genre de choses, voire
même un roman. Mais comme je consacre beaucoup de temps à l'écriture des
textes de mes chansons, je reporte ça à plus tard.

Sur ton site ( www.fredalpi.com ) tu mets en libre téléchargement
l'intégralité de tes 2 albums, plus de inédits? Cette pratique pourrait
surprendre ceux qui gobent le discours dominant : "l'échange musical tue la musique". Quel est ton approche?

Ce qui fait vivre la musique, c'est de voyager le plus possible. La cassette
n'a pas tué le vinyle, bien au contraire, elle a développé la diffusion de
la musique. L'échange de fichiers nuit sans doute aux intérêts à court terme
de l'industrie musicale, mais pas aux artistes, qui ont tout intérêt à ce
que leur musique soit le plus diffusée que possible. C'est ça qui fait venir
le public aux concerts. Les artistes gagnent très peu sur la vente d'un CD
(5% du prix de vente en magasin en moyenne), ce ne sont pas eux qui ont à y
perdre, mais les majors et les distributeurs. Ce qui pénalise le plus la
musique de nos jours, c'est au contraire le matraquage organisé par les
majors sur tous les medias. Leur fonctionnement est le même que celui des
marchands de lessive. Il faut savoir (statistiques SACEM) que bien qu'il y
ait de plus en plus d'artistes, en 10 ans, il y en a 5 fois moins qui sont
diffusés sur les radios, mais leurs titres sont matraqués 5 fois plus. Il
faut payer pour être diffusé sur la plupart des radios, une diffusion est
considérée désormais comme de l'achat d'espace publicitaire. Et je ne parle
même pas de la télé. Cette politique est bien entendu relayée par les FNAC
et VIRGIN, qui tout en étouffant tous les disquaires indépendants, distribue
de moins en moins d'artistes et de labels indépendants, préférant faire du
volume sur les produits musicaux soutenus par un marketing de masse.

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur cette ville qui "a tellement
honte qu'elle vit sous un faux nom"?

Il y a quelques années, je me baladais en moto dans la région d'Aix en
Provence, montagne ste Victoire, la ste Baume, paysages magnifiques, et au
hasard de la route, j'arrive à Toulon, à l'époque dirigée par le Front
National. Je ne l'ai traversée que rapidement, mais le contraste avec la
région et les autres villes que j'avais visité alentour était criant. J'y ai
immédiatement senti une atmosphère oppressante, des attitudes de frustration
de d'agressivité, sur fond de dégueulis bleu-blanc-rouge à tous les coins de
rue, dont une statue qui semblait littéralement étouffer sous cette chape de
nationalisme. J'ai appris par la suite que Toulon, qui avait été condamnée à
être rasée suite à sa trahison, c'est à dire son ralliement
contre-révolutionnaire et peu glorieux aux Anglais en 1793, avait pendant un
temps été rebaptisée Port de la Montagne. J'ai vraiment eu le sentiment que
la ville portait toujours le poids de cette culpabilité. Ça m'a inspiré la
chanson "La peste (le retour)". Mais je sais qu'il y a également des gens
formidables à Toulon, dont je sais qu'ils souffrent de cette situation.
Comme toujours, les habitants paient pour la mégalomanie des dirigeants au
pouvoir.

J'ai lu sur la feuille d'info de Crash disques de tu rejoignais la Brigada Flores Magon. Qu'en est-il? Comment ça va se passer?

Ça se passe très bien, nous avons donné notre premier concert ensemble la
semaine dernière (7/02/04), et il y en a beaucoup d'autres à venir. Tout ça
s'est fait très naturellement, on est potes et militants depuis longtemps
(Julien le batteur de Brigada joue avec moi depuis le début), on a fait pas
mal de concerts et d'actions ensemble. Le fait que Nico Le Pâtre (du Rash et
de Barricata) joue désormais également avec moi, tout ça a rendu évident le
fait qu'on devait rejoindre tous les deux la Brigada, suite au départ du
guitariste et du bassiste précédents. Ça me plait de pouvoir me concentrer
sur la guitare, et on s'amuse vraiment bien tous ensemble.

Le mot de la fin.

On vient de monter un collectif qui regroupe La Brigada Flores Magon,
Brixton Cats et Fred ALPI, afin de soutenir nos démarches noires et rouges
de rockers libres, ça s'appelle Rock'n'Riot, et il existe un site
www.rocknriot.org, qui présente à la fois les dates de nos concerts et les
actions politiques dans lesquelles nous sommes impliqués.

 
  Mars 2004
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