Un peu d'histoire : Son
nom était Joe Hill

La défaite de la musique Une fois de plus nos bons maîtres, toujours soucieux de ton épanouissement,
vont te convier à célébrer dans la joie et
l’allégresse la Fête de la Musique. Mais si,
tu sais bien, cette ancienne fête religieuse du mois de juin,
au cours de laquelle des musiciens enthousiastes et désintéressés
s’installent un peu partout dans la ville, pendant que le
prix de la bière double. « C’est pour les artistes » te
répètera sans rire le bistrotier qui s’achètera
une nouvelle bagnole avec la recette de la journée. Il y
a tellement de groupes qui tentent de se couvrir les uns les autres
pour se faire entendre, que tu te surprends à penser « Heureusement
que c’est pas comme ça tous les jours ! ». C’est
justement le but recherché. La Fête de la Musique,
c’est le même esprit que la Journée de la Femme.
Si tu es une femme, tu comprends encore mieux ce que je veux dire.
Un jour par an la société te drague en te jouant
le sketch de la liberté, mais pendant le reste de l’année
c’est « ferme ta gueule salope ! ». Il est vrai
que l’art et la culture ne sont pour les porcs corrompus
qui nous gouvernent qu’une équation entre investissement
publicitaire et impact médiatique. Les épiciers de
tout poil ne s’y sont pas trompés : la Fête
de la Musique, c’est d’abord la fête des sponsors.
Et chez ces gens-là, le public, c’est à dire
toi, moi et les autres, ça s’appelle une cible. Une
cible qu’ils rêvent de calibrer, mesurer, profiler
et conditionner pour la placer dans l’axe de leur viseur.
Et il n’y a pas un tireur d’élite de l’autre
côté, mais plutôt une horde de beaufs shootés
au courbes de vente, balançant de bons gros missiles, espérant
des dommages collatéraux. L’ « événemensonge » se
doit de rassembler le plus grand nombre, culte de la consommation
de masse oblige. L’unité de mesure, c’est la
densité au kilomètre carré. Les « dirigeants » et
leurs valets incitent le bon peuple à se réunir et
se défouler pendant une journée, pour lui faire oublier
qu’ils manoeuvrent pour interdire les concerts pendant les
364 jours suivants. Crapuleuses, leurs mesures « anti-bruit » qui
ont contraint tant de scènes à fermer. Selon eux,
la musique est d’abord une nuisance, sauf si elle est un
produit de l’industrie du divertissement. Même le concert
acoustique de tes potes dans un coin de bar est suspect. Trop de
bruit, on n’entend plus les clips de l’Univers Sale à la
télé ! Inquiétants, de toute façon,
les lieux de rencontre hors des normes de l’Audimat. Ces
mêmes apôtres du marketing ont formaté la bande
FM en robinet à musique, et la télévision
en un video clip permanent (informations comprises) à la
gloire de la Société du Spectacle. Les collabos de
la dictature festive viendront comme d’habitude montrer leurs
tronches berlusconisées à la télé.
Ils se vanteront une fois de plus de favoriser l’expression
spontanée, diversifiée et populaire – conviviale
selon le terme sans cesse invoqué. Mais ils t’organiseront
une fois encore un peplum podiumricardisé qui leur servira
d’alibi culturel. Pas nouveau tout ça. Le Carnaval
et sa mise à mort symbolique du despote fut créé comme
exutoire à la colère générée
par la peur et la misère. Mais une fois nettoyées
les traces de dégueulis des réjouissances sous contrôle,
on voudrait que tu courbes la tête et que tu rentres dans
le rang. Heureusement, la musique est pour toi comme la liberté,
c’est tous les jours ou jamais. Alors où, quand, comment
et avec qui décides-tu de la fêter pendant toute l’année
? |