Fred ALPI

Récit de la tournée au Québec
"MERCI AU QUÉBÉCOISES ET AUX QUÉBÉCOIS"

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La vidéo :
l'interview et des extraits de concerts
Les radios :
les fréquences des radios canadiennes

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1re Tournée Québec 2001

25 juillet
Trois heures de retard au départ de Paris, puis nous décollons enfin vers Montréal.
Tout se passe bien à la douane et avec les services d'immigration. Jean-Robert, responsable du label Local Distribution,
qui distribue l’album au Québec, est venu nous accueillir à l'aéroport. Il fait chaud, on file vers la ville, qui a une bonne gueule.
Mes premières impressions sont bonnes, ça tombe bien, j’aime arriver quelque part avec ce sentiment là.
On débarque dans les bureaux de Local Distribution, au coin d’Ontario et de St Hubert. Présentation de l’équipe,
qui a visiblement déjà bien bossé pour faire parler des concerts, ce qui se confirmera dans les jours suivants.
Le label de distribution a été créé récemment, animé par un esprit d’indépendance et de liberté qui nous a rapprochés
et donné envie de faire quelque chose ensemble.
Bon esprit insufflé par Jean-Robert, qui veut créer une alternative véritable au monopoles de fait qui étouffent la création ici comme ailleurs.
Celui-ci nous conduit ensuite chez Bert, le pote qui va nous héberger pendant toute la durée de notre séjour (merci encore !).
Bert est un fier redskin, membre des Moloko Skins, militants antifascistes, et guitariste du groupe Jeunesse Apatride.
Nous l’avions rencontré l’année dernière quand il était venu découvrir Paris, à l’occasion de la Fête du Rash (Red and Anarchist Skinheads). On avait bien rigolé, Bert est un sacré numéro, qui rythme ses phrases au rythme de "tabarnac" et de "calice", comme les toulousains le font avec "con".
Il partage un appartement dans le quartier portugais (JAP s’est senti chez lui !) avec deux filles qui s’appellent toutes les deux Corinne, ce qui est plus simple pour se souvenir de leur prénom.
L’une d’entre elles est bassiste de Jeunesse Apatride, c’est un petit bout de fille qui a la pêche, pas le genre à se laisser marcher sur les pieds.
On s'organise pour dormir, JAP et moi dans la dernière pièce libre et Julien, qui aime bien les animaux,
avec le chien dans le salon. Petite ballade dans Montréal, qui confirme ce que j’avais ressenti,
la ville est paisible en général, et ses habitants lui ressemblent.
Les maisons ne sont pas trop hautes, il y a de l'air et de l'espace.
Ça change de Paris.

  26 juillet
Un peu explosés par le décalage horaire, nous partons nous ballader dans le vieux Montréal.
On y traîne pas trop, c’est touristique, on sent bien que la vraie vie n’est pas là.
Bien sûr, il y a quelques vieilles constructions qui ont de la gueule, ce sont leurs antiquités à eux,
mais comme tout quartier touristique dans le monde, on baigne dans un mélange de nostalgie niaise
et de souvenirs pour blaireaux au goût de chiottes.
Passage dans le quartier chinois, un vrai Chinatown avec portail à l’entrée et à la sortie,
ornés de dragons en colère, comme ils le sont toujours, jamais contentes ces bêtes là.
Les concerts commencent demain, ce qui nous laisse un peu de temps pour nous ballader.
Interview avec Julie, de CIBL, une radio libertaire locale, qui a d’ailleurs été la première à diffuser l’album au Québec.
Je reçois un coup de fil d’un certain Matthieu, qui m’appelle de la part d’amis communs :
il coordonne l’ouverture d’un squatt qui doit se faire le lendemain, et me demande si on veut bien faire un concert de soutien.
Il ne sait pas trop dans quelles conditions ça peut se faire, parce que chaque fois qu’un squatt s’est ouvert à Montréal,
il ne s’est pas passé plus de quatre heures avant que la police ne disperse tout le monde avec la délicatesse qu’on lui connaît.
Ça veut dire qu’on ne peut pas vraiment compter pouvoir jouer avec une sono et des amplis pour l'instant.
L’ouverture doit se faire demain, dans un lieu bien entendu encore secret, à l’heure où nous donnons notre premier concert.
On verra ce qu’on peut faire, si on peut débarquer après et jouer quelques morceaux, même en acoustique.


  27 juillet
Aujourd'hui, ce sera le premier concert. Pour l'instant, interview sur CISM, où nous jouons quelques morceaux en direct.
Bon esprit d’Etienne, l’animateur, qui pose des questions intéressantes, on est en forme pour y répondre.
Et remontés par les récents événements de Gênes.
Ballade en ville, terrasse, observation comparée et commentée de la gent féminine,
c’est à dire le genre de choses que je ne fais jamais à Paris, puis on se prépare lentement au concert du soir, au Café Chaos.
La salle de concert se trouve sous le café, dans un sous-sol avec une petite scène. Le public arrive tard, c’est une habitude ici, ce qui me laisse le temps de discuter avec le gars qui s’occupe des entrées, un certain Sébastien, chanteur dans un groupe de heavy métal, mais en même temps étudiant le chant tibétain depuis 4 ans. Il m'explique les techniques de chant de mantras, du Tibet et de Mongolie, tout en faisant une démonstration concluante. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’en savoir plus sur ces techniques,mais les occasions sont rares de rencontrer des personnes qui les maîtrisent et en font profiter avec autant de générosité.
Le premier concert se passe bien, pas beaucoup de monde, une grosse cinquantaine de personnes, mais elles ont l’air d’apprécier.
Et c’est le plus important. De toutes façons, je me doute bien que nous n’allons pas remplir les stades ici, pratiquement personne ne nous connaît. Et je n’aime pas les stades.
Après le concert, direction le squatt de la rue Overdale, ça y est, on sait où c’est maintenant.
Il y a pas mal de monde, environ deux cents personnes, la plupart devant la bâtisse, parce que comme il n’y a pas d’électricité, il est difficile de faire quoi que ce soit à l’intérieur. Ça cause pas mal, ça surveille les allées et venues de la police, qui entoure le lieu. La plupart des squatteurs sont jeunes, beaucoup de filles, mélange hétéroclite de punks, de redskins, de crusts, de hippies et d’autres qui n’adoptent pas de look particulier.
L’atmosphère est un peu tendue, une charge de la police est possibleà tout moment.
Pour le concert, ça ne sera pas ce soir, ils préfèrent attendre de voir s’ils arrivent à tenir quelques jours et à organiser quelque chose.
C’est vrai qu’acoustique en plein air, ça ne donnerait pas grand-chose.




  28 juillet
Grâce à Indymedia, on suit l'après Gênes au quotidien, c'est vraiment dégueulasse ce qui s'est passé là-bas,
les flics se sont comportés comme des ordures, pire encore qu'à leur habitude, ça a l'air de faire des vagues.
Ça fait un peu plus d’une semaine que Carlo Giuliani a été assassiné, ça crée un traumatisme jusqu’ici.
Jean-Robert a organisé un barbecue dans les locaux de Local Distribution, il a invité quelques artistes québécois, des journalistes et des programmateurs, nous jouons quelques morceaux en acoustique, c’est assez intime.
C’est la première fois qu’on joue les morceaux sous cette forme ailleurs qu’à la radio.
Pour parler franchement, c’est marrant pour deux ou trois morceaux, mais ça me confirme s’il en était besoin que je m’amuse beaucoup plus en version électrique. Mais l’ambiance est bonne, tout se passe à la bonne franquette. La grosse caisse que Julien utilise fait marrer tout le monde. Il se sert de l'étui rigide de sa caisse claire grâce à un système qu'il a bricolé.
C'est vrai qu'il est adroit de ses mains, bien des femmes vous le confirmeront.
Le deuxième concert a lieu ce soir-là au Cheval Blanc, pas loin. Léopold Z fait la première partie,
ils chantent même une chanson de Joe Hill traduite en français (ils ne savaient pas qu'elle était de lui, l'attribuant à un inconnu).
Le lieu est un bar avec une scène, c’est un peu plus "chanson" que la veille, étant donné l'endroit et la sono,
mais il y a une centaine de personnes et ça plaît visiblement.





  29 juillet
On continue à sillonner la ville, on doit faire au moins vingt bornes à pied par jour.
Montréal est très grand, et l'atmosphère change du tout au tout d'un quartier à l'autre.
Les quartiers anglophones sont plus bourgeois, sans aucun doute. Seul truc vraiment pénible, la climatisation, omniprésente ici, qui te ruine les sinus ; comme je dors dans la même pièce que JAP, je peux confirmer qu'il ronfle encore plus que d'habitude.
Le passage incessant du chaud au froid lui a filé la crève, il faut dire qu’il fait très chaud ces jours-ci.
C’est dimanche, et comme souvent les dimanche, il ne se passe pas grand chose. On fait un tour au squatt de la rue Overdale,
la vie s’organise, les filles semblent particulièrement actives. Bien loin du cliché punk-alcoolo-avec-chien-à-bandana
qui prévaut quand la presse parle de squatt, ici c’est plutôt un vent libertaire et autogestionnaire qui souffle.
Cantine collective, construction d’un escalier, rondes de surveillance pour tenir les flics à l’œil (qui eux-mêmes filment et photographient allègrement tout le monde, planqués dans des immeubles alentours - réquisitionnés), aménagement d’un dortoir, les squatteurs tiennent bon et s’organisent pour s’installer dans le temps. Le drapeau noir flotte fièrement sur l’édifice, des banderoles rouges et noires y sont accrochées, rappelant à toutes et tous de détruire l'Etat avant qu'il ne nous détruise.
L’initiative commence à faire vraiment du bruit, les télés locales sont là en permanence et informent les populations en direct à chaque journal télévisé.
Le ton a d’ailleurs changé. Agressif au début vis à vis des squatteurs, les medias deviennent en effet plus nuancés dans leurs propos.
En effet, les squatteurs recueillent de plus en plus de soutien, notamment de la part de la population du quartier.
Le bâtiment qu’ils occupent est inoccupé depuis 10 ans, ne sert à personne, et est le dernier vestige d’un quartier qui a été rasé à l’époque suite à des magouilles immobilières tellement énormes qu’elles n’ont même pas permis les spéculations qu’elles étaient sensées générer. A Paris au moins, il y a une classe politique qui a toujours su faire vite fructifier l'immobilier après avoir rasé les quartiers. Il y a bien entendu des assemblées générales interminables, mais une chose est d’ores et déjà certaine :
quelle que soit l’issue de cette opération, des gens se sont rencontrés, ils ont échangé de idées, ils se sont pris en charge et ont décidé qu’une autre vie est possible.


  30 juillet
Ça y est, en additionnant les bonnes volontés, on trouve un groupe électrogène, et nous ferons un concert ce soir au squatt,
en compagnie de Jeunesse Apatride.
En attendant, interview radio dans les locaux de CIBL, en compagnie d’Anik, avec version acoustique de quelques chansons à la clé.
On repasse chez Local Distribution, interview par téléphone avec une radio de la ville de Québec,
que malheureusement nous ne visiterons pas cette fois-ci. Mais l’animateur a l’air très motivé par une future venue.
Je te promet qu’on viendra !
Enfin, le concert. Tout s’organise à l’arraché, on trouve des amplis et des micros au dernier moment, la batterie est bien fatiguée
et il faut fabriquer des baguettes avec des branches entourées de ruban adhésif, mais l’énergie est là, et c’est finalement ça le plus important.
Jeunesse Apatride attaque, c’est vraiment le mot, ça a une pêche d'enfer et les deux cents personnes présentes pogottent dans tous les sens.
Caroline, la chanteuse du groupe, sait mener le set, malgré les conditions techniques plus que sommaires,
du câble de micro plein de faux contacts à la lumière qui saute. Nous enchaînons, et les morceaux prennent
une couleur punk-garage qui leur va très bien, on fonce dans le tas sans chipoter, on est tous là pour s’amuser.
De l’électricité et de la chaleur, que demander de mieux !
On file vers une autre radio – décidément ça a été un vrai marathon - avec un certain Ramon Vitesse, sur CKUT.
On a beaucoup parlé, ça sortait tout seul, tout excités qu’on était du concert qu’on avait donné à peine une heure plus tôt.
Ramon était étonné à la fin de l'émission de n'avoir passé que la moitié de la musique qu'il passe d'habitude,
mais ça ne devait pas être inintéressant, c’est vrai que le ton de l’émission était bien loin des questions type
« et vous écrivez vos chansons le matin ou le soir ? » ou « quel type de cordes utilisez-vous ? ».
Là, ça parlait de la vie, du pourquoi des choses, qui est bien plus intéressant que le comment.
Pour ça, le mieux est d’écouter.
  31 juillet.
La journée commence par un passage dans une émission de Radio Canada, accompagné de Jean-Robert, de Local Distribution.
C’est tout de suite plus officiel que les radios indépendantes. Pour parler franchement, je ne suis pas un fan des interviews,
je ne suis pas assez narcissique pour ça. Alors il faut vraiment qu’il se passe quelque chose avec l’animateur.
Sinon, ça ressemble plus à un entretien d’embauche. Nous avons ensuite rendez-vous avec François, du site internet Netmusik et Flipr,
site qui permet de diffuser gratuitement de la musique tout en rémunérant les artistes, ce qui est une première du genre.
Ça fait plusieurs mois que je suis en contact avec François, le site diffuse déjà la video de notre concert à l’Elysée Montmartre.
Sarah vient ensuite faire une interview filmée qui sera également diffusée sur Netmusik, avec des extraits du concert de demain à l’X.
Nous partons ensuite au squatt, où les négociations vont bon train.
Le collectif qui s’est créé veut créer un véritable centre autonome, social et culturel.
Après avoir été très fermes face à la municipalité qui a d’abord essayé de les amadouer en leur faisant des promesses aussi vagues et farfelues que celles que les politicards font en fin de banquet de campagne électorale, ils sont en passe d’obtenir un autre local désaffecté, mais lui pourvu d’eau et d’électricité. Une fois de plus l’action directe a payé.
C’est partout pareil, il y a plein de locaux inutilisés pendant des années alors que des milliers de gens n’arrivent pas à trouver de logement décents et que le prix des loyers explose. Je n’arrive pas à croire que ce mouvement de « gentryfication » comme ils disent ici (embourgeoisement des quartiers populaires) soit du au hasard, c’est tellement un classique du genre !





  1er Août
C'est ce soir qu'a lieu le concert des FrancOFFolies, il parait que ça va être bondé !
Encore un passage à Radio Canada, ça tombe bien, ça colle à l’actualité puisque dans la même émission ça parle du collectif de la rue Overdale. Du coup l’émission est dynamique, et je peux parler à la fois de la musique que je fais mais aussi de ce que je veux exprimer à travers elle, avec et au-delà des mots et des sons. C’est vrai que cette initiative a changé le regard que beaucoup portaient sur ce type d’action. Des groupes de personnes se prennent en charge, s’organisent démocratiquement, sans violence et proposent une logique de vie qui ne soit pas basée sur la recherche exclusive du profit financier. Ça semble tomber sous le sens, mais comme c’est l’exception de nos jours, ça surprend.
La phrase de Joe Hill « ne vous lamentez pas, organisez-vous » qui figure dans l’album a souvent été citée, elle a pris ici tout son sens.
Concert. C’est le OFF des Francofolies, c’est quand même ce concert qui a déclenché notre voyage au Québec.
Le thème en est « amour et anarchie », l’esprit de Léo Ferré n’est pas mort ! Il a lieu a l’X, une salle de concert autogérée
qui programme de la musique assez radicale.
Ce sont les Québécois de Dr Placebo qui ouvrent la soirée, avec deux bassistes, un batteur et un chanteur qui rugit dans le micro.
Sombre et sauvage. Puis c’est à nous, on envoie le set avec bonheur et comme d’habitude, ça passe trop vite.
L’accueil du public est formidable, je suis à ce moment certain que nous allons revenir tourner au Québec.
Plusieurs personnes viennent après le concert me parler des textes des chansons, les Québécois sont peut-être plus sensibles que les Français à l’écriture et au sens donné à la musique.
Il est vrai que c’est une question de survie intellectuelle ici, entourés qu’ils sont par la culture américaine dont la volonté hégémonique est directement perceptible. Un gars jette des photocopies sur scène pendant le concert, je découvrirai après celui-ci qu’il s’agit d’un recueil de poèmes de Franck Laliberté, un poète punk qui veut me les faire connaître.
Je les ai lus plus tard, ils sont très forts, emplis d’amour et de chaos.
C’est ensuite le tour des Belges René Binamé, leurs ritournelles anarcho-punk remportent elles aussi un franc succès.
Une bien belle soirée, tout à la fois éclectique dans sa programmation mais très cohérente dans son esprit.
Merci encore Jean-Robert (encore lui !) d’avoir organisé tout ça.
    2 Août
Jean-Robert voulait nous emmener aujourd’hui dans une réserve indienne, mais nous sommes depuis longtemps conscients que leur situation est sordide, ils continuent à être génocidés à coup d'alcool et de dope, et nous ne nous sentons
pas l’envie de visiter un zoo humain, ce que malheureusement les réserves sont devenues depuis longtemps.
On se ballade dans le centre et on tombe nez à nez avec Arno ; le hasard fait bien les choses, j’avais envie de le rencontrer.
J’aime bien ce qu’il fait, et ce depuis que je l’ai vu dans une petite salle en Flandre dans les années 80,
alors qu’il sortait son premier album avec TC Matic. Je le vois sur scène le soir aux Francofolies.
La classe. C’est un mec qui m’émeut. Il y a également ce soir-là un concert de Firmin Muguruza et du Dub Manifest, original,
intelligent et très belle présence sur scène. Comme quoi la musique peut être festive sans pour autant ressembler
à du baloche pour club de vacances, ce qui semble être la règle depuis quelques temps en France.


  3 Août
On part à la campagne, direction sud-est, pour jouer au Mystique Festival, dont c’est la première édition cette année.
Autant dire que personne ne sait à quoi s’attendre. On arrive après deux bonnes heures de route, ça nous donne déjà
l’occasion de découvrir d’autres aspects du Québec. C’est pas pour dire, mais ça ressemble à la Suède et je trouve ça très beau.
C’est vrai, la vue de paysages vallonés où dans les forêts se mêlent des résineux et des bouleaux me rend serein.
On arrive dans un grand champ, vide, au milieu de nulle part, avec une scène et une sono en train de se monter.
C’est là. On est accueilli par les organisateurs, mélange d’hommes des bois et de rastas, pas l’air stressés du tout.
Mais alors pas du tout. Et déjà raides défoncés à midi, ils se sont pourtant réveillés il y a peu de temps.
« Vous êtes rendus loin dans le bois » nous disent-ils avec un accent plus prononcé encore qu'à Montréal.
Ils nous expliquent que tout a pris un peu de retard, et qu’on a le temps d’aller se ballader, qu’il ne se passera rien
avant la fin de l’après-midi, voire le début de soirée. On en profite pour aller déguster un hamburger de Bison dans le village le plus proche, à 15 bornes. Jap et Julien font un billard, histoire de faire un peu de sport.
On file ensuite se baigner dans un lac sauvage, et ça c’est un grand moment de bonheur.
Quand on revient, les choses on un peu avancé, mais on a le temps de planter notre tente et de faire connaissance avec les autres groupes avant qu’il ne se passe vraiment quelque chose. En fait, tout se passe plutôt bien, les conditions sont bonnes, mais c’est le public qui manque. Et au lieu des 2000 personnes que devait normalement accueillir le festival, c’est devant 150 personnes que les groupes jouent. Mais l’ambiance est bon enfant, et tout le monde est content.
Les groupes se succèdent, dont plusieurs groupes de reprises reggae qui nous infligent avec plus ou moins de bonheur le répertoire de Bob Marley, dont les albums sont en plus diffusés entre chaque groupe. Certains d’entre eux poussent le culte de la personnalité assez loin : on se croirait parfois à un festival d'imitateurs, comme pour Elvis Presley.
Bob réveille-toi, ils sont devenus fous !
Nous montons sur scène, ce qui vient visiblement réveiller une assistance un peu anesthésiée par la production locale,
de très bonne qualité selon les connaisseurs. Notre concert leur donne un coup de speed, ce qui n’a pas l’air de leur déplaire.
Là encore, on viendra me parler des textes après le concert, il faut croire que partout au Québec c’est une question importante.
Puis après nous vient un groupe très intéressant, qui fait de la musique plus personnelle, une sorte de reggae-dub avec des accents rock, Trip it Off. A découvrir.
Les organisateurs, complètement défoncés, sont aux anges. L’un d’entre eux, le plus raide bien sûr, monte sur scène pendant le set de Trip it Off et part dans un délire mystico-alcoolo-mescalinisé dans lequel il raconte au public sa relation avec les anges gardiens, déclare que la paix commence aujourd’hui, jusqu’à ce qu’un de ses potes vienne le sortir de scène, parce que même eux ça commence à les fatiguer. On est en pleine ambiance freak brothers, je ne pouvais pas imaginer que ça existait encore des modèles comme ça !
Le bilan est que comme tout le monde a aimé notre concert, les organisateurs nous demandent de rester pour jouer le lendemain, parce que là, c’est promis, il y aura vraiment du monde.
CIBL
www.cibl.cam.org

Chuo FM
www.chuo.org

Radio Canada
http://bandeapart.fm/bandeapart/final/

CISM FM
www.cismfm.qc.ca
  4 Août
On croise les organisateurs vers midi, ils se réveillent avec une casquette en peau de locomotive sur la tête.
Un peu dégrisés, ils sont en train de réaliser qu’ils courent à la catastrophe financière et sont maintenant un peu stressés.
Pendant qu’ils s’organisent, nous repartons vers le lac avec quelques sympathiques locaux rencontrés la veille au soir,
et on passe encore un après-midi à se baigner et à savourer la nature. On rencontre un gars pas commun qui nous raconte qu'il s'entraîne pour des marathons de natation, genre 40 bornes à la nage. Il est arrivé 8e la dernière fois nous dit-il.
Il a une conception assez particulière de l'entraînement : il descend un pack de six canettes de bière, ce dont témoigne
un ventre généreux, puis se coince un bidon de plastique vide entre les jambes et se laisse flotter.
Mais s'il est arrivé huitième, c'est que ça doit être efficace, non ?
Retour sur le site du Festival, où visiblement la foule ne sera pas au rendez-vous.
Effectivement, il n’y aura pas plus de 300 personnes, mais malgré tout une très bonne ambiance.
On joue juste avant Firmin Muguruza, qui fera un très bon concert, ne s’économisant pas, bien que visiblement un peu surpris du manque de public.
On rencontre un Français installé au Québec depuis quelques années, chanteur du groupe Chango Family.
Il joue ce soir aussi avec Collectivo, qui regroupe aussi des membres Grimskunk.
Retour vers Montréal, dans la nuit, parce que demain, c’est déjà le retour.



Crédit Photos

Nathalie Genet
Isabelle Bernaleau
Jean-Robert Bisaillon
 

5 Août
Rencontre vers 13 heures avec une bonne partie du RASH Montréal et de Jeunesse Apatride, qui nous ont amené dans une de leurs cantines préférées pour prendre un vrai petit déjeuner québécois à base de fèves au lard, d’œufs, de saucisses et de bacon.
Quelque chose qui tient au corps, tabarnac ! Nous sommes rejoints par Jean-Robert, sa femme Martine, et l’équipe de Longueur d’Ondes, que nous aurons souvent croisée pendant ce séjour. Il est vrai que Serge n’est pas pour rien dans notre venue au Québec, c’est lui qui m’avait donné les premiers contacts, pensant à juste titre que mes chansons pouvaient plaire de ce côté de l’Atlantique.
Les au-revoirs sont toujours un moment pénible, surtout quand un séjour est aussi riche et excitant que celui-là.
Alors on n’en parle pas, mais on se prépare déjà à revenir l’été prochain.
Plusieurs potes m’avaient prédit que j’aimerais le Québec, mais c’est encore mieux que ça.
Merci les Québécois !

aller faire un tour sur le site www.fredalpi.com