442ème RUE


Fred ALPI : (CD autoproduit). Voici donc le premier album de Fred Alpi.

Le bonhomme n'est pas monsieur-tout-le monde. Né à Stockholm, ayant vécu à Amiens. Bruxelles, Berlin, Paris, ayant fait la manche, chanté dans les bars, il semble s'être enfin installé. Pour combien de temps ?... Le temps en tout cas d'enregistrer ses chansons, qu'il trimballe depuis quelques années, qu'il a eu pu polir à l'aune de la route, de la fumée de cigarette, des demis bien frais, des trottoirs brûlants, des stations de métro impersonnelles. Avec Jap et Julien Terzics, qui n'ont pas eu peur de le rejoindre dans ses errances musicales et routières, il s'est posé quelques jours à Berlin, avec Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten), pour mettre en boîte 11 titres. 11 chansons dans lesquelles il laisse libre cours à son penchant pour observation sociologique de ses contemporains. Avec ironie, acuité, mordant, tendresse, second degré, Fred Alpi se fait le chantre des petits travers et défauts d'une race supérieure qui se barre en couille ("Information", "La peste (le retour)", "Citoyen du monde", "Entreprise dieu & fils", "2 cylindres et 4 temps"). Si les textes sont importants chez Fred Alpi (et c'est bien pour cela qu'on parle ici de chansons), le rock est toujours là, omniprésent, pour soutenir l'entreprise (Il a eu sa période punk, comme beaucoup, sa période indus aussi [avec Sprung aus den Wolken], et Julien Terzics joue toujours, parallèlement, avec La Brigada Flores Magon). Un rock juste assez énervé pour en revendiquer le titre, juste assez électrique pour ne pas buter sur l'écueil de la variété-rock si prompte à squatter nos oreilles saturées, juste assez présent pour savoir de quoi on parle. En toute logique, dans un pays où les poètes chanteurs ont toujours eu les faveurs du public, Fred Alpi devrait pouvoir faire son trou avec un tel disque, et donner quelques coups de pied dans une fourmilière qui a depuis longtemps perdu son esprit aventureux.

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avril 2000