" Je suis descendu
dans le métro "
Donc il n'a plus
peur de se sortir les tripes : le Français il se le remet dans
le ventre, logique qu'il tente ensuite de l'ajuster à sa plume.
" Je me suis remis a écrire, des poèmes courts et des
nouvelles. " Faut vous dire que l'animal pousse sa vie comme un samouraï,
ou un bonze selon son formateur Richard Bertrand (Lire par ailleurs).
Rien de fortuit chez ce type qui se forge parallèlement un mental
sur le tatami. Il a beaucoup travaillé, beaucoup progressé
mais il faut le forcer pour qu'il vous sorte sa ceinture noire de Kung
Fu et ses diplômes récents d'enseignant d'art martiaux.
Un tour par Bruxelles, un groupe dans un garage "(" le Secret ",
Fred y chante enfin) tellement secret qu'on ne l'entendra jamais. Paris.
enfin, en 90, le grand retour en France, il y est rejoint par ses créanciers
(notamment les services financiers de sa " grande " école Amiénoise.
l' E.S.C.A.E.) ; " C'est bien simple, fallait que j'aligne 9 000 Francs
par mois, rien que pour mes dettes : j'ai du ressortir mon diplôme
pour bosser. Traducteur rédacteur pour différentes boites
de pub. Mais au bout d'un an cela m'a gonflé. Je suis descendu
dans le métro. " Décidément personne n'en fera
un Yuppy du Fred Alpi. "J'ai tourné pendant trois quart d'heure
autour de la station des Halles. La plus proche de mon domicile. J'étais
mort de trouille. Je suis descendu, dans le wagon direction Porte d'Orléans,
avec Dutronc et Brassens à la bouche. Cela a bien marché.
Mais faut pas tricher. Moi je débarquais hyper concentré
dès le premier morceau, comme dans une urgence, tendu dans l'attention
aux autres et dans l'intention leur donner du bonheur. Je me suis donc
confronté à un public inattendu, des riches, des pauvres,
des vieux, des jeunes et j'ai vu des gens heureux. Cela m'a permis de
sortir de la connivence du public punk rock. Dans le métro c'est
réglo comme rapport, si tu donnes on te donne tout de suite après.
Je me faisais une moyenne de 8 000 F par mois. L'été je
courais les terrasses en Suède en Allemagne, Munich. Berlin.
Cette aventure m'a permis de sortir définitivement ma voix. "
Effectivement, chanteur à texte, Fred possède aussi un
timbre de voix qui donne de la consistance à ses chansons. Beaucoup
de fraîcheur en scène, un allant incroyable. Cette " gigle
" furieuse et gaie qui vous embarque forcément et on se dit qu'avec
un instrument supplémentaire pour injecter un peu de douceur
et de mélodie, Alpi pourrait faire très mal dans le panorama
de la chanson Française. "C'est clair, j'ai beaucoup d'énergie
en scène, une rage contenue mais pas de haine. Faut dire que
je mène une vie de moine : je ne bois pas, je ne fume pas, deux
heures de Kung Fu par jour, une au lever, l'autre le soir, physiquement
je fais beaucoup plus de choses qu'il y a quinze ans ". Fred a abandonné
le métro. Aujourd'hui il survit grâce à ses cours
d'arts martiaux et à ses traductions pour Internet. Il monte
aussi des sites pour différentes sociétés, sur
le Web, tout en maintenant ses deux concerts par mois à Paris
et en province. 19 ans qu'il chante. Dix neuf titres sur scène.
Fred Alpi travaille aussi sur un album live qui prendrait le relais
de son premier CD " Citoyen du monde " qui ne contient que six chansons.
" Je suis un homme
libre " :
" Je suis un
homme libre
Sur le bord d'un ravin
En fragile équilibre
Maître de mon destin
Je suis Citoyen du monde."
C'est par ce refrain
que Fred Alpi débute son récital. Entrée en scène
musclée, très rock finalement, seul dans l'arène
à la façon d'un Springsteen carburant au White Spirit.
D'autres couleurs seront injectées, douces aquarelles venues
du Nord ; Fred n'oublie pas sa petite enfance suédoise, les lacs
et l' " Heure Bleue " qu'il guette encore chaque été.
La vision du motard servira à nourrir d'autres romances, plus
coulées, nouées dans la réalité. Puis il
nous balance " La peste " sans vomir ; une chanson consacrée
à Toulon, " cette ville qui a tellement honte qu'elle vit sous
un faux nom. " Chanteur réaliste ? Pas vraiment, naturaliste,
non plus. Surtout que cette épithète fait bondir notre
ami: " Y en a marre de ces petits bourgeois qui se déguisent
en prolos des années 40 pour chanter Fréhel ou Damia.
Ils se collent des rouflaquettes, Parigots têtes de veau, marre
de cette frime, marre de ce repli sur soi, repli identitaire qui pue
le franchouillard. " Fred Alpi ne renie rien de sa vie, et s'il continue
son parcours soin, il garde cependant une belle ouverture au monde.
" Je ne suis pas un grand compositeur, je
sais juste m'accompagner à la guitare. C'est sûr, mon parcours
vient du rock, mais je n'ai pas envie d'aller dans la direction du rock
français. Sans doute me faudrait-il d'autres atmosphères...
je revendique mon expérience Berlinoise. Des sons industriels,
bruitistes, je cherche des couleurs à la Nick Cave, ce pourrait
être mon chemin ".