Guitar Part

Rencontre avec un poète rocker :

- Tu es un guitariste économe, plutôt adepte du soli que du solo. Les guitar-héros très peu pour toi ?
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FA : C’est vrai qu’en général les solos me semblent bavards et superflus. Trop de masturbation. Il y a bien entendu des exceptions, rares et merveilleuses…si un solo me semblait vraiment apporter quelque chose à un morceau, je le jouerais… si j’en étais capable!

- Vous êtes un power trio qui musicalement visez à la concision, l’efficacité et ton jeu de scène évoque Joe Strummer. Tout ça est très punk rock 77, non ?
- FA : Eh oui, c’est à cette époque que j’ai fait mon apprentissage musical… "Punk un jour, punk toujours". C’était une période formidable parce qu’elle privilégiait l’énergie et le sens qu’on donnait à la musique, plutôt que la technique et la forme !!! J’en ai gardé le goût pour les musiques intenses, émotionnelles, et un profond mépris pour les technocrates de la musique.

- Au vu de votre musique, rock et basique, le choix du producteur, Alexander Hacke d’Einstürzende Neubauten, peut surprendre !
- FA : De tous les milieux musicaux que j’ai fréquenté, c’est de la scène Berlinoise dont je me sens le plus proche. Alex et moi avons joué ensemble dans Sprung aus den Wolken, on s’est toujours très bien entendus musicalement et humainement. Nous nous sommes d’ailleurs souvent retrouvés à chanter dans les bars Berlinois, lui de la Country - c’est un grand fan de Hank Williams - et moi de la chanson française classique.

- Le 30 avril dernier à l’Elysée Montmartre vous participiez à la manifestation de la CNT "Un autre futur", ce aux côtés de Noir Désir. Considères-tu qu’un artiste se doit d’exercer une forme d’activisme politique ?
- FA : Un artiste ne doit rien, à part rester libre. Si à partir d’une certaine conscience sociale et politique il parvient à créer une œuvre qui ouvre les yeux de quelques personnes, c’est à la fois utile et beau. On a tous en tête quelques mots ou quelques images qui ont changé notre vision du monde. Si jamais je parviens à déclencher ça, j’aurais l’impression de ne pas être tout à fait inutile. Mais je vomis la chanson moraliste "rivgôche" et le charity business.

- Te sens-tu proche de "rock’n’roll novelistes" comme Chuck Berry voire Eddy Mitchell ou de chanteurs engagés comme Ferré ?
- FA : Je me sens plus proche des premiers sur la forme, et du second sur le fond. C’est en fait mon objectif : chanter du rock avec des textes qui tiennent la route sur le fond et la forme.

- Concilier rock et littérature c’est un peu casse gueule, non ?
- FA : Ce qui me semble le plus difficile, c’est de concilier le rock avec la langue française, leurs rythmes et leurs constructions ne sont pas facilement compatibles. Mais je n’ai pas le sentiment de faire de la grande littérature… je ne suis hélas pas le Henri Miller du rock !

- Qui était "Joe Hill", une sorte de Woody Guthrie nordique ?
- FA : Le second est né juste après l’exécution du premier. Joe Hill est né en Suède à la fin du 19ème siècle, il a émigré aux Etats-Unis et a composé beaucoup de chansons pour les anarcho-syndicalistes américains (IWW). Il a injustement été accusé de meurtre - l’histoire l’a prouvé - et fusillé en 1915. C’est une figure du mouvement anarchiste, toujours d’actualité, puisque les nazis suédois ont dynamité sa maison de naissance en octobre 99. Je l’avais visité un mois avant... j’étais en train d’écrire la chanson.

- "One man’s luck is the other man’s pain" le très beau texte qui évoque parle de la toxicomanie est-il autobiographique?
- FA : Oui, un ami très proche est mort d’une overdose. Quelle saloperie !

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- Peux-tu nous toucher quelques mots de ton expérience dans le métro Parisien ?
- FA : Ça a été un expérience très enrichissante, exigeante plutôt que dure, parce que très humaine. J’y ai appris à chanter; en français, et à me confronter à un public très différent de celui auquel j’étais habitué, c’est-à-dire des salles de rock alternatif… personne ne vous attend, il faut vraiment tout donner pour recevoir. Les rapports avec le public sont extrêmement réglos et immédiats. J’y ai chanté pendant quatre ans, pas un jour je ne me suis ennuyé. L’été, je faisais les terrasses des cafés à Paris, Berlin ou Stockholm, c’était bien aussi, mais je garde des souvenirs plus marquants du métro, plus rock’n’roll.

- Il y a un site Fred Alpi où l’on peut lire tes poèmes et tes nouvelles. Penses-tu qu’Internet soit enfin le moyen pour un artiste de s’exprimer pleinement, immédiatement et sans contraintes ?
- FA : Pas du tout, m’exprimer sur Internet ne me procure aucun plaisir, ce n’est qu’un media avec les mêmes défauts que les autres car sa logique est principalement commerciale. Pour m’exprimer, je préfère chanter sur une scène. Rien ne me semble plus sincère, jouissif ! Mais c’est vrai que pour mes nouvelles et poèmes, ça me permet d’être lu.

- Tu ne bois pas, tu ne fumes pas et tu pratiques les arts martiaux : serais-tu la réincarnation d’Elvis Presley ?
- FA : Elvis ne me semble pas représenter l’archétype d’un esprit sain dans un corps sain. Moi non plus d’ailleurs, mais je ne me sens pas vraiment de filiation avec lui. Je dois toutefois avouer avoir ressenti une étrange sensation de bien-être en chantant "Love me Tender" dans un karaoke chinois près de la Gare de l’Est.

Pascal DUVAL

n°79 - octobre 2000