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Fred ALPI : Ici et Maintenant

Quand le suédois Fred Alpi quitte son groupe amiénois CQFD, il part pour la scène alternative et industrielle bruxelloise et berlinoise. Nouveau groupe, Sprung Aus den Wolken, où se commet parfois Alexander Hacke, dit aussi Alexander Von Borsig, du formidable Einstürzende Neubauten, groupe phare de l’indus. Il paraîtrait que les deux zigotos se produisaient dans les bars berlinois, Alex excellant dans la country et Fred dans la chanson française classique, préambule à une carrière solo autant qu’acoustique de quatre ans dans le métro parisien, qui ne l’empêchera pas de professer le kung fu. Ce serait un goût prononcé et partagé pour les grosses motos qui le fit se lier au bassiste Jap, lisbonnin de Paris, et au batteur Julien Terzics, boxeur hongrois militant à la CNT, passionné d’histoire contemporaine qui joue toujours, à l’heure où je vous parle, dans le groupe Brigada Flores Magon.

Fred Alpi ne boit pas, ne fume pas, mais il cause. Et écrit, compose, chante, joue de la gratte. Quand il se fait accompagner par Jap et Terzics et mixé par Hacke, ça donne un disque résolument libertaire, rouge et noir, produit sur un label créé pour l’occasion. On y chante Joe Hill en nous rappelant ses mots : “Ne vous lamentez pas, organisez vous !”. On y déclare “Penser, c’est déjà désobéir”. On y fait de la chanson dite à texte ( par rapport à celle qui n’en a pas) sur fond de rock grondant, énergie punk et déchirements industriels. Et on propose l’album en téléchargement sur internet, où sont aussi présentées nouvelles, poésies et retransmissions de concerts, comme la participation à “Un Autre Futur” pour la CNT, avec entre autres Noir Désir, le 30 avril 2000 à l’Élysée Montmartre. www.fredalpi.com est donc un détour qui s’impose aux curieux du personnage et de sa démarche atypique.

En ce qui me concerne j’émettrai quelques petites réserves. Il y a peut-être dans ce disque un peu trop de bons sentiments dans les grands principes et peut-être un peu trop de mauvais sentiments dans les déconvenues sexuelles (n’oubliez pas, Monsieur Alpi, que le privé aussi est politique ! C’est même là que l’on peut mettre à l’épreuve sa politique...). Mais cela n’empêche pas de saluer un album convaincant, aussi bien en textes qu’en musiques ou attitudes.

Alias
juillet 2001