fond fond fond
Samedi 18 septembre 2010 à 20h30
(Avec the Angry Cats)
LE RIGOLETTO
337 rue de Belleville
75019 PARIS
Son nom était Joe Hill, , La défaite de la musique, La scène musicale anarchiste en France, De Virilismo, Si Dieu existe, il faut s'en débarrasser!, Contact

La défaite de la musique

Une fois de plus nos bons maîtres, toujours soucieux de ton épanouissement, vont te convier à célébrer dans la joie et l’allégresse la Fête de la Musique. Mais si, tu sais bien, cette ancienne fête religieuse du mois de juin, au cours de laquelle des musiciens enthousiastes et désintéressés s’installent un peu partout dans la ville, pendant que le prix de la bière double. « C’est pour les artistes » te répètera sans rire le bistrotier qui s’achètera une nouvelle bagnole avec la recette de la journée. Il y a tellement de groupes qui tentent de se couvrir les uns les autres pour se faire entendre, que tu te surprends à penser « Heureusement que c’est pas comme ça tous les jours ! ». C’est justement le but recherché. La Fête de la Musique, c’est le même esprit que la Journée de la Femme. Si tu es une femme, tu comprends encore mieux ce que je veux dire.
Un jour par an la société te drague en te jouant le sketch de la liberté, mais pendant le reste de l’année c’est « ferme ta gueule salope ! ».

Il est vrai que l’art et la culture ne sont pour les porcs corrompus qui nous gouvernent qu’une équation entre investissement publicitaire et impact médiatique. Les épiciers de tout poil ne s’y sont pas trompés : la Fête de la Musique, c’est d’abord la fête des sponsors.
Et chez ces gens-là, le public, c’est à dire toi, moi et les autres, ça s’appelle une cible. Une cible qu’ils rêvent de calibrer, mesurer, profiler et conditionner pour la placer dans l’axe de leur viseur. Et il n’y a pas un tireur d’élite de l’autre côté, mais plutôt une horde de beaufs shootés au courbes de vente, balançant de bons gros missiles, espérant des dommages collatéraux. L’ « événemensonge » se doit de rassembler le plus grand nombre, culte de la consommation de masse oblige. L’unité de mesure, c’est la densité au kilomètre carré. Les « dirigeants » et leurs valets incitent le bon peuple à se réunir et se défouler pendant une journée, pour lui faire oublier qu’ils manoeuvrent pour interdire les concerts pendant les 364 jours suivants. Crapuleuses, leurs mesures « anti-bruit » qui ont contraint tant de scènes à fermer. Selon eux, la musique est d’abord une nuisance, sauf si elle est un produit de l’industrie du divertissement. Même le concert acoustique de tes potes dans un coin de bar est suspect. Trop de bruit, on n’entend plus les clips de l’Univers Sale à la télé ! Inquiétants, de toute façon, les lieux de rencontre hors des normes de l’Audimat.
Ces mêmes apôtres du marketing ont formaté la bande FM en robinet à musique, et la télévision en un video clip permanent (informations comprises) à la gloire de la Société du Spectacle.
Les collabos de la dictature festive viendront comme d’habitude montrer leurs tronches berlusconisées à la télé. Ils se vanteront une fois de plus de favoriser l’expression spontanée, diversifiée et populaire – conviviale selon le terme sans cesse invoqué. Mais ils t’organiseront une fois encore un peplum podiumricardisé qui leur servira d’alibi culturel.

Pas nouveau tout ça. Le Carnaval et sa mise à mort symbolique du despote fut créé comme exutoire à la colère générée par la peur et la misère. Mais une fois nettoyées les traces de dégueulis des réjouissances sous contrôle, on voudrait que tu courbes la tête et que tu rentres dans le rang. Heureusement, la musique est pour toi comme la liberté, c’est tous les jours ou jamais.
Alors où, quand, comment et avec qui décides-tu de la fêter pendant toute l’année ?


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