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extrait de BARRICATA N° 14
SI DIEU EXISTE, IL FAUT S'EN DEBARRASSER !
Qu’est-ce que Dieu ? Le garant et la quintessence du mythe où se justifie la domination de l’homme par l’homme. La dégoûtante invention n’a pas d’autre excuse. Raoul Vaneigem – Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations.
Malgré leurs différences de forme, les religions, notamment monothéistes, sont en fait très proches les unes des autres, à la fois de par leurs buts et par les moyens qu’elles proposent pour y parvenir. Depuis toujours au service des puissants, les fables qui leur servent de prétexte moral invitent ou contraignent les croyants, mais aussi les non-croyants, à concentrer leurs efforts pour une « vie » qui se trouverait au-delà de l’existence terrestre. Pour ce faire, elles prônent toutes un mépris du bonheur et des plaisirs terrestres, et la soumission de l’individu – plus particulièrement des femmes - au groupe. Leur existence repose donc sur des valeurs qui s’opposent radicalement aux idéaux de liberté, d’égalité et de solidarité que nous revendiquons et que nous vivons chaque jour.
LA RELIGION, TOUJOURS AU SERVICE DES PUISSANTS
• À qui profitent réellement les religions ?
Dieu, les prêtres et la religion se retrouvent pratiquement toujours du côté du pouvoir, interprétant les messages divins au profit de la classe dominante, qui tire ainsi sa légitimité d’un ordre « naturel ». La soumission au pouvoir est logique dans la mesure où, pour les croyants, le pouvoir est l’expression de la volonté de Dieu. Puisque les hommes sont égaux aux yeux de Dieu, se rebeller contre l’inégalité ou contre le pouvoir, quel qu’il soit, c’est donc se rebeller contre Dieu. En revanche soutenir les classes dominantes et légitimer l’ordre établi devient un devoir obligé. Homme ou femme ? Propriétaire ou esclave ? Riche ou pauvre ? Ce n’est pas important, disent les religions, qui soutiennent toujours les hommes, riches et propriétaires.
• Les religions aiment le pouvoir politique temporel et totalitaire.
Dès que la religion devient affaire d’Etat, c’est toujours de façon totalitaire, prétendant administrer l’ensemble de la sphère humaine, des relations collectives aux plus intimes. Elle se présente parfois comme tolérante lorsqu’elle n’est pas en position de force, séparée de l’Etat, mais dès qu’elle arrive au pouvoir, sa nature intégriste se dévoile, et toute sa capacité de nuisance s’épanouit. Car les religions veulent avant tout mettre l’individu au service du groupe, et jamais le groupe au service de l’individu, ce qui implique une uniformisation de la pensée et des comportements, le plus souvent par la force. L’histoire témoigne des millions de morts qui l’ont été au nom de Dieu et de la Bible. L’inquisition, les Croisades, la traite des esclaves, l’exploitation, les génocides, les ethnocides. Le christianisme tient une place de choix : il a soutenu tous les fascismes du XXe siècle : Mussolini, Pétain, Franco, Hitler, Pinochet, Salazar, les colonels de la Grèce, les dictateurs d’Amérique du Sud ; etc.… Des millions de morts pour l’amour du prochain, pour lesquels l’Eglise, catholique notamment, n’a jamais émis le moindre regret.
Contrairement à ce qu’on croit souvent, Adolf Hitler n’était pas un athée païen fasciné par les cultes nordiques, il était en fait profondément catholique, en bon Autrichien qu’il était. C’est bien « Gott mit Uns » (Dieu avec nous), qui figurait sur les ceinturons des combattants du Reich, le même Dieu que celui des Églises Catholiques et Protestantes, qui n’ont jamais eu à souffrir en quoi que ce soit les persécutions nazies, puisqu’elles les soutenaient. Dans Mein Kampf, Hitler prend pour exemple Jésus chassant les marchands du Temple. Mein Kampf n’a d’ailleurs jamais été mis à l’index par le Vatican, contrairement à Bergson, Gide, Beauvoir ou Sartre par exemple. Les papes successifs ont complaisamment accepté le régime nazi de ses racines à sa disparition, des lois antijuives édictées en Allemagne puis en France, jusqu’à l’organisation de la fuite des criminels de guerre. Jamais sous le régime nazi, ou même après sa chute, l’Église catholique n’a condamné, ni en public, ni en privé, la politique exterminationniste nazie. En revanche, les droits de l’homme sont condamnés par Pie IX et Pie X, et les communistes du monde entier sont excommuniés par Pie XII en 1949, qui justifie officiellement son acte par la collusion des juifs et des bolcheviques. Jamais un nazi quel qu’il soit n’a été excommunié. Le soutien du christianisme au nazisme n’est pas une erreur de parcours regrettable et isolée, mais l’aboutissement d’une logique vieille de deux mille ans.
LE PROJET DES RELIGIONS : LE CIEL PLUTÔT QUE L’EXISTENCE TERRESTRE
• La naissance des religions : une aliénation volontaire.
Chacune ou chacun d’entre nous se pose à un moment ou à une autre la question de savoir pourquoi il se trouve sur Terre, et les questionnements métaphysiques sont normaux, profondément humains. Pourquoi je vis, c’est quoi la mort, pourquoi le monde tel qu’il est et pas tel qu’il devrait être ? Il y a trois façons de réagir : la première est celle de ceux qui s’en foutent et s’auto-lobotomisent en pensant comme la télévision, ce nouvel opium du peuple. La seconde consiste à chercher une réponse rationnelle, et là, pas de certitudes ni de réponses toute faites, mais une curiosité et un doute qu’il faut assumer. La dernière solution, proposée par les religions, est celle que choisissent ou subissent ceux qui préfèrent, pour se rassurer, croire à des légendes qui leur donnent une explication du monde facile à accepter. Cette naïveté les transforme en geôliers de leur propre prison mentale. Tout ça ne serait pas bien grave si la religion restait confinée à la sphère intime, chacun surmontant ses questionnements et ses angoisses personnelles comme il le peut. Mais au nom de la religion, les relations entre les êtres humains deviennent toujours sauvages et brutales, basées sur la domination, avec comme modèle archétypal, social, humain, métaphysique et politique la famille patriarcale dans sa forme la plus primitive. C’est pourquoi la religion est avant tout une aliénation, l’aliénation par excellence, parce qu’elle contraint à refuser à l’homme la prise en considération du réel pour privilégier l’existence d’un monde imaginaire.
• Les livres « sacrés », recueils de vérités adaptables.
La Bible, prétendant tout contenir, interdit de ce fait tout ce qu’elle ne contient pas. Ce recueil de contes et légendes, d’abord transmis pendant des siècles de façon orale, déformées selon les besoins du lieu et du moment, permet les interprétations les plus contradictoires, justifiables par le fait qu’elles seraient la parole de Dieu. Adolf Hitler et Martin Luther King ont ainsi tous les deux cité les Evangiles pour justifier leur action. On trouve tout et son contraire dans la Torah, les Evangiles et le Coran, ce qui permet de justifier à la fois des attitudes théoriques de tolérance et d’amour, mais aussi les actes de violences les plus brutaux. Ces vérités multiples permettent de tout justifier au nom du « tu ne tueras point », mais la pratique reste toujours la même : violente, sexiste, totalitaire.
• La vraie morale des religions : la haine, l’ignorance et la soumission.
L’escroquerie intellectuelle qui voudrait faire croire que la religion est porteuse de morale et de progrès pour l’humanité, exception faite de la théologie de la libération, n’a cessé d’être démentie depuis des milliers d’années, que ce soit par le fanatisme juif du peuple élu qui légitime la colonisation ; la référence chrétienne des marchands du Temple ou d’un Jésus vengeur, qui justifie les Croisades, l’Inquisition, les guerres de Religion, mais aussi le colonialisme planétaire, et la toute puissance temporelle du Vatican depuis des siècles dans le moindre détail de la vie quotidienne; la revendication claire à presque toutes les pages du Coran d’un appel à détruire les infidèles, leur religion, leur culture, leur civilisation, mais aussi les juifs et les chrétiens – au nom d’un Dieu miséricordieux !
Quand vous en parlez à des croyants, ils vous répondent en général que la « vraie » religion, ce n’est pas ça. Mais ils ignorent presque toujours à la fois le contenu réel des textes dont ils se réclament, se contentant des versions « light » diffusées lors des cérémonies religieuses, et sont aveugles à la réalité des actes organisés, commis et justifiés par le pouvoir religieux auquel ils se soumettent.
Les religions jugent de ce qui est moral en appliquant à l’universel des références locales et égocentriques. Ce qui me ressemble est bon, le reste est mauvais.
Les religions refusent toute forme d’esprit véritablement critique, condamnant la réflexion, l’analyse et le savoir, considérant qu’un bon croyant doit exercer sa mémoire en récitant des prières, plutôt que son intelligence. La connaissance est associée au mal, à une liberté qui éloigne l’homme de Dieu.
Les religions monothéistes, qui pourtant se revendiquent de l’Amour, ne sont en fait qu’une série de haines superposées et entrecroisées : haine de l’intelligence, haine de la vie, haine de l’ici-bas, haine du corps, haine des femmes, haine du sexe libre et libéré. Ce qu’elles vénèrent en revanche, ce sont l’obéissance et la soumission, la mort, l’au-delà, où se trouveraient LA vérité, l’âme immortelle et divine et l’organisation patriarcale de la société.
LES FEMMES, PREMIÈRES VICTIMES DES RELIGIONS
Que ce soit chez les Juifs, les Chrétiens ou les Musulmans, la haine des femmes commence avec la haine d’Eve, coupable du péché originel, qui, rappelons-le, consistait à vouloir avoir la connaissance. Adam, l’homme, était heureux d’être ignorant et soumis, Eve voulait savoir et être libre. Tous les monothéismes ont donc tout à la fois le culte de l’ignorance et la haine des femmes, et justifient en permanence la soumission de celles-ci aux hommes, les reléguant aux rôles de mères et d’épouses. En glorifiant leur rôle procréateur, les religions cantonnent les femmes à celui-ci, et en même temps considèrent qu’être femme est une malédiction. La prière des Juifs orthodoxes « Merci mon Dieu de ne pas m’avoir fait femme » peut s’appliquer à toutes les religions, bouddhistes y compris, car pour celles et ceux qui se feraient encore des illusions sur cette religion qui se prétend parfois philosophie, sachez qu’une femme soumise ne sera récompensée qu’après de nombreuses réincarnations : elle deviendra enfin un homme…
La surprotection de la femme repose en outre sur des principes racistes, car s’il est bien vu que l’homme aille disperser sa semence comme le conquérant qu’il prétend être, une femme qui reçoit celle d’un étranger, d’un Autre, est considérée comme celle qui souille la pureté du groupe.
C’est sans aucun doute au travers de la vision qu’en ont des femmes, et de LA femme idéalisée, qu’on peut le mieux juger de ce qui constitue les principes d’une pensée, qu’elle soit religieuse, philosophique ou politique. Les religions sont sur ce point on ne peut plus claires : il ne sera jamais question pour les femmes de liberté, d’égalité et de solidarité de la part des hommes.
Pourquoi alors de si nombreuses femmes soutiennent encore un système de pensée qui les oppresse ? Pour les mêmes raisons qu’un esclave salarié soutient le capitalisme, l’apparente sécurité de la servitude volontaire.
NOUS AIMONS LA VIE, ICI ET MAINTENANT, LES RELIGIONS AIMENT LA MORT : CHOISIS TON CAMP !
La religion n’est qu’une invention des hommes pour s’assurer le pouvoir sur leurs semblables. Parce qu’elles sont obsédées par la mort, par ce qui se passe après la vie, les religions méprisent l’existence terrestre. Se battre contre les religions, c’est d’abord privilégier la vie humaine. En effet, comme les religions se sont notamment construites à cause de la conscience et de la peur que l’homme a de sa propre disparition, elles travaillent ardemment à la réalisation de ce qu’il aspire pourtant à fuir plus que tout : la mort. Cette obsession de la mort et cette peur de la vie poussent les religions à tout organiser autour d’un seul but, mourir, pour être heureux « après ». Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine du corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l’obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion pour l’au-delà, l’ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité, l’épouse et la mère, l’âme et l’esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré.
À l’heure où l’on nous présente les enjeux mondiaux comme placés sous le signe d’un choc des civilisations, nous préférons dire que le véritable combat est celui de la liberté de la raison contre l’obscurantisme de la foi. Notre vision est celle d’un monde fait par les êtres humains, pour les êtres humains, et les religions en sont le plus grand obstacle. La notion de laïcité actuellement défendue par les États occidentaux prétend mettre sur un plan d’égalité la pensée magique et la pensée rationnelle, la religion et la philosophie, la fable et le discours argumenté. Aux Etats-Unis par exemple, où le gouvernement Bush et ses soutiens évangélistes voudraient privilégier l'enseignement de l’humanité d’Adam et Eve aux dépens de la théorie de l’évolution. Or tous les discours ne se valent pas : nous ne pouvons pas rester neutres face aux tentatives des religieux d’organiser le monde à partir de la névrose, de l’hystérie et du mysticisme. Les curés, les rabbins et les imams ne se contenteront jamais d’appliquer leurs règles aux seuls croyants, car leur but est d’imposer leur mode de vie et de pensée à l’ensemble de l’humanité. Ce seront donc toujours les ennemis de la liberté, de l’égalité et de la solidarité, donc nos ennemis. Écrasons l’infâme !
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